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Christophe Roger / LA
PROXIMITÉ DES TEMPS |
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LA VISION A RETARDEMENT
Comment percevons nous le temps ? Le temps est-il un ou multiple ? Tel
le mouvement des aiguilles d’une montre, le temps est mesuré
par un intervalle entre deux événements repérables.
Selon la conception des physiciens modernes, on peut considérer
qu’il y a plusieurs niveaux temporels. Celui qui m’intéresse
n’est pas le temps physique, mais la durée vécue
radicalement distincte du temps de l’horloge. Comment vivons nous
cet écoulement ? Pour la plupart, l’écoulement du
temps est vécu sous l’angle du vieillissement et de la
participation au changement historique. Mais son appréhension
est beaucoup plus complexe. De nombreux philosophes antiques ont relégué
le temps au rang des illusions, privilégiant les valeurs de la
contemplation, au détriment de celles de l’action. L’image
vient bouleverser la vision linéaire que l’on peut se faire
du temps. « Dans la photographie il y a l’essence même
d’un arrêt. Il s’opère une vision à
retardement. »
( Roland Barthes,La chambre claire, éd. Cahier du cinéma,
1980 )
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_-le théâtre
des spectateurs, Louvre ACTUALITÉS |
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LE SIÈGE D'ARRET
Les meubles m’ont toujours fasciné par les
correspondances étroites qu’ils établissent avec
le corps humain. Mes préférés sont ceux où
je me repose, où je m’arrête. Les meubles ne sont
pas conçus pour les personnes en mouvement, ils nécessitent
un arrêt. Par ses proportions le meuble est habitable. La morphologie
du corps humain est inscrite en lui-même. De la même manière
les vieux fauteuils ont gardé la trace des corps qui y sont passé.
Ainsi le meuble peut être un prolongement de l’être
humain. Ces montages photographiques utilisent la disponibilité
du meuble à accueillir le corps humain et utilisent la photographie
comme certificat de présence. La photographie nous montre, aussi
longtemps qu’elle dure, quelque chose qui a été.
Le présent fixe photographique rend présent les choses
par leur représentation. Celle-ci implique l’institution
d’un tenant lieu, c’est-à-dire d’un élément
qui remplace un objet ou un être réel. L’image intégrée
dans le tableau pose la présence immédiate au monde de
cette femme assise sur la chaise. Pourtant la chaise est vide. Le tableau
rappelle que la femme y a été dans cet espace intérieur.
Sa co-présence au lieu en proximité avec la chaise réveille
son souvenir. Quelqu’un a été assis là. Le
présent fixe de l’image vient habiter les lieux.
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_-schéma
1 |
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L'IMAGE S'EXPRIME AU PASSÉ COMPOSÉ
Dans la proximité des temps, il y a celui de l’image avec
mon temps à moi en tant que spectateur dans un lieu. Cette dualité
est inhérente au travail de Carlos Scarpa. Son architecture ne
dialogue jamais avec le passé, mais avec « la présence
du passé dans le présent, avec le cadre bâti qui
l’entoure ». En grammaire, le passé composé
exprime un fait passé par rapport au moment où on parle
et considéré comme achevé. Il s’oppose au
passé simple parce qu’il s’agit d’un fait en
contact avec le présent. Soit que le fait a eu lieu dans une
période non encore entièrement écoulée,
soit il a des résultats dans le présent. Dans ce sens
on peut dire que l’image s’exprime au passé composé.
Dans Little Story, des images ne nous renvoient pas à un ailleurs,
mais s’articulent avec leur contexte social et urbain d’exposition.
La similitude entre ce qui est représenté à l’image
et ce qui se déroule à proximité de l’image
pose la question : dans quel temps nous situons nous ? Pierre Huyghe
bouleverse la perception linéaire du temps. Il renvoie le passé
proche du lieu dans notre présent. Par sa présence le
spectateur se trouve confondu à une conjugaison du verbe être
du lieu. Ces images d’hier dans mon présent viennent souligner
ma présence
au lieu : je suis l’acteur. Elle renforce mon être-là,
mon Dasein. |
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LES TEMPS DIFFÉRÉS
Une caméra est placée dans un lieu passant et prend des
photos en continu. Ces séries d’images sont projetées
dans ce même lieu avec un vidéo projecteur. Mises bout
à bout ces images forment une fresque temporelle. La photographie
fige des instants qu’elle conjuge avec le temps présent.
Ces présents fixes se confrontent avec le temps réel du
spectateur.
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_-schéma
2 |
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