Benjamin Gomez avril 2004
Typographie interactive |

 


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SITUATION |

Nous ne prenons pas d’un mot ou d’un texte leur pur contenu linguistique
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car nous l’appréhendons au travers d’une forme et d’un support. Ceux-ci
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participent au sens, ils sont des niveaux d’informations complémentaires
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du contenu.

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Les termes qui définissent la typographie sont souvent liés à ceux du corps
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humain (graisse, corps, jambe, oeil, caractère). A l’origine, la forme des
lettres
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provient de l’écriture manuscrite (la minuscule Caroline), et conserve
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jusqu’à maintenant la présence du corps par le tracé de la main. Plus tard,
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lorsque la forme des lettres se détache de la calligraphie, elle est quand
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même dessinée selon les proportions du corps humain (cf : Geoffroy Torri).
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Historiquement, il existe un lien étroit entre notre corps et le véhicule formel
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du langage.
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Aujourd’hu
i, avec le foisonnement et la diversité des créations typographiques,
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cette notion ne semble plus centrale. Pourtant par le multimédia, la lettre
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et le texte deviennent mobiles et réactifs, et malgré un environnement moins
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palpable, une matière fugace (des faisceaux d’électrons et des pixels lumineux
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à la place de l'encre et du papier), la lettre acquière des caractéristiques
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organiques et simule le vivant via la création algorithmique (ex: sodaplay.com).
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Ce comportement du texte à l’écran modifie notre relation à l’écrit.

 


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DESCRIPTION DU DISPOSITIF |

Matériel : un pc, un projecteur vidéo, un clavier, une caméra, internet.
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Sur un mur est projeté une phrase qui laisse apparaître en réserve une image.
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En l’absence de spectateur/acteur la typographie qui compose cette phrase
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évolue à la manière d’une respiration. régulièrement, le programme associe
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une image et texte différent.
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Une personne se plaçant face au clavier, peut saisir du texte qui remplace
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la phrase existante. La manière dont il va saisir le texte déterminera la forme
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de la typographie : comme dans la calligraphie ou l’écriture manuelle

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c’est le geste dans l’instant présent qui détermine la forme des mots.
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Le mouvement global de son corps par l’intermédiaire d’une caméra, déformera
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plus ou moins la typographie, révélant l’image différemment.
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Les mots de son texte font alors l’objet d’une recherche d’image sur internet.
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Ce texte et cette image sont enregistrés.

TESTER LA TYPO

 


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INTENTIONS |

Au départ, images sont des photos de mon quotidien, sans application, sans
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fonction mais des images prises comme témoignage de mon entourage,
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pour la beauté de la forme, pour marquer des rencontres qui constituent
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des micro-évènements, et sont la richesse de mon paysage visuel.
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Les fragments de phrases sont l’association d’un synonymes de «cadavre»
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avec un synonyme d’«exquis». La référence au jeu littéraire surréaliste situe
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le projet dans une utilisation du langage empreinte d’évocation et d’association
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et permet d’annoncer au spectateur ce qui lui sera demandé.
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Mes images seront progressivement remplacées par celles provenant d’internet.
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La typographie est au centre du projet. Celle-ci a la particularité de n’exister
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que pour être utilisée par quelqu’un, point commun avec une oeuvre interactive.
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Genre artistique basé sur un travail rigoureux de la forme, la typographie
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tient un rôle charnière entre l’image et le texte.
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Il ne s’agit pas pour le spectateur d’appréhender un concept précis et fini,
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mais plutôt de faire une expérience :
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une expérience d’écriture : les quelques mots qu’il est invité à écrire
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seront pensés uniquement pour cet objet, lui même créé pour donner une
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présence visuelle spécifique à ce morceau de texte, il se trouve dans un
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registre poétique puisque les phrases sont inventées pour elles mêmes,
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pour les rendre présentes physiquement à travers cet objet, pour créer
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une association avec l’image.
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Et plutôt qu’un concept entraine la création d'une image textuelle,

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l’acte d’écriture est stimulé par l’image que le texte produira.
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— L’expérience d’un texte qui par sa mise en mouvement crie sa visualité
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pour que le regard oscille entre un objet lu et un objet vu.
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Un texte qui s’écarte de sa forme généralement rencontrée, qui devient
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un objet, presque un organisme.
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— L’expérience aussi d’association d’une image et d’un texte, avec l’aide de
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l’aléatoire et à la manière des poèmes dadaïstes ou du cadavre exquis des
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surréalistes. Pour voir comment l’individu de par sa richesse interne, son
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histoire, ses souvenirs, sa réflexion, revêt de sens, prend à son compte,
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transforme, la réalité qui lui est présentée.

 



« En somme, deux personnes qui se parlent de tout prés sont les partenaires
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d’une conférence au sommet.
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Le déclin communicatif commence ici, dans cet auditorium. Vous me voyer
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encore d’assez près, vous me voyez clairement et à la fin de cette conférence,
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on pourrait ce donne la main. Des personnes au premier rang pourraient
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peut-être me sentir, ce que je n’espère pas. Mais je n’irais pas aussi loin de
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vouloir vous goûter…

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plus bas sur l’escalier de la communication, il y a l’écran de télévision. Là, il
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ne reste que deux sens à apercevoir : la vue et l’ouïe. La radio ne présente
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que la voix, mais encore avec toute ses modulations.
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En avant-dernier vient l’écriture. Elle nous montre un soupçon de l’homme à
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la plume c’est tout.
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Et finalement, en dernier lieu, nu et nécessiteux, exempt de quatre de ses
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cinq sens, nous chuchote le mot imprimé. [...]
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Donc, pour moi, la vraie passion de la typographie c’est le rêve d’attribuer
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à nouveau une voix au texte, une personnalité ressemblant à celle qui
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préférerait prononcer ses mots en personne.
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De lui fournir une rhétorique, d’une cadence, de mouvements, de gestes,
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d’émotion. De la faire sentir, de la parfumer ou de la faire puer. de la faire
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rougir. De la rendre tactile, caressable pour ainsi dire. De le tenir à distance
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ou de le rapprocher, son nez prés du mien. et enfin de le faire aimer,
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un
baiser sur la bouche du lecteur. »
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Gert Setola, lettre récitée, Azimuts 05/95